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from Shamanesque Ordeals


I throttle the fire at its base
I rip a scale from slumber
I gather the ritual salt in small regular piles
Yet I come to you
without language without weight –
I carve the burn at its center
I deflect the meridian on your childlike face.

            *

The river carries you in its two languages
the undecided flow ravages the shore
falling flowers inside the bodies,

suffering lays its splints right on the void
injection of the summit of the flame
poison digests poison –
the antidote dissolves between your fingers like a corolla of ice.

            *

I ground into blackness whole panels of sky

seen from here
barely the span of a hand –
crunching work
dry sparks –
knowledge unrevealed
cracked calculation of the nails.

            *

With my hands
I clear a path in the ear

I apply the verb directly to the eardrum

by the blindness of the roses
I climb back to the source

it explodes in the armpit

I slowly return to my grand nighttime labors.

            *

A blade of sleep
inserted in the incision

you walk as if carried by the very matter of thought –

all that was pronounced remains
humid death on the tip of the brush
shiver on the lip.

            *
 
I call to the tactile butterflies
the world slides on your skin –
no reef
no hands that retain –
a ballet in which they who fall asleep on the eyes
wake up on the lips.

            *

The flight:
a science within the flight –
a heart within the heart.

Sleep reverses the tide of the eyelashes
rods of acid, a scream in the refineries of the dream.


de épreuve chamaniques


J’étrangle le feu à sa base
J’arrache une écaille au sommeil
Je rassemble le sel du rituel en petits tas réguliers –
Pourtant je viens vers toi
Sans langage et sans poids –
Je tranche la brûlure en son centre
Je dévie le méridien sur ton visage d’enfant.
 
            *


Le fleuve te porte en ses deux langages

le flux indécis ravage la berge
chutes de fleurs à l’intérieur des corps

la souffrance pose ses attelles jusque sur le vide
injection du sommet de la flamme
le poison digére le poison –
l’antidote fond entre tes doigts comme une corolle de glace.

            *

J’ai broyé au noir des pans entiers de ciel

vus d’ici
à peine la surface d’une main –
travail des crissements
étincelles sèches –
le savoir non révélé
le calcul craqué de l’ongle.

            *

De mes mains
je dégage une piste dans l’oreille

j’applique directement le verbe sur le tympan

par la cécité des roses
je remonte à la source

ça explose sous l’aisselle

je reprends lentement mes grands travaux de nuit.

            *

Une lame de sommeil
glissée par l’incision

tu vas comme porté par la matière même de la pensée –

tout ce qui fut prononcé demeure
la mort humide à la pointe du pinceau
le frisson sur la lèvre.

 
            *

J’appelle les papillons tactiles
le monde glisse sur ta peau –
pas de récif
pas de mains qui retiennent –
un ballet où ceux qui s’endorment sur les yeux
se réveillent sur les lèvres.
 
            *

Le vol :
une science à l’intérieur du vol –
un coeur dans le coeur.

Le sommeil inverse la marée des cils
bâtonnets d’acide et hurlement dans les raffineries du rêve.


(Editions Alidades, 2006)